Conjuration de Catilina

 

 

La conjuration de Catilina est un complot visant la prise du pouvoir à Rome en -63. Bien que les mémoires aient surtout retenu cet événement, il s'agissait pour Catilina de sa deuxième tentative de coup d'Etat après l'échec d'une première conjuration en -65. La ville de Rome est alors depuis longtemps à l’abri d’une attaque ennemie. Cependant elle doit faire face à de nombreux troubles armés intérieurs depuis la Guerre sociale (-91 à -88) qui mettent à mal la République et sa population. Le complot mené par Catilina et ses partisans ne ressemble pourtant en rien à ce qu'a connu Rome jusqu'alors du fait de ses objectifs ainsi que de ses membres.

Les causes du développement d'un tel mouvement

Les problèmes politiques

La dictature de Sylla entraîna dans l'Italie du début du 1er siècle Av. J.-C. de nombreux troubles, à la fois sociaux et politiques. En effet, afin de récompenser ses vétérans, ce dernier avait décidé de leur octroyer des terres non pas prises sur l'ennemi mais confisquées à des citoyens romains, bien souvent des partisans de Marius, son adversaire de l'époque. Le nombre de bénéficiaires de ces mesures s'élève à environ 120 000 vétérans, créant une masse de paysans et propriétaires aigris par cette spoliation.

D'un point de vue politique, nombre de nobles touchés par les proscriptions proclamées par Sylla  en -81 et qui ne peuvent donc briguer aucune magistrature s'élèvent de plus en plus vivement contre ce qu'ils estimen

 

t être une injustice. De plus, l'abdication du dictateur en -79 laissa un vide dans les institutions de la République romaine et mit en évidence l'incapacité de la République à gérer un territoire devenu très vaste.

Ainsi c'est bien souvent dans la rue que se règle une grande partie des problèmes politiques. Par exemple, Lépide, consul en -78 décrète Sylla ennemi public ce qui provoque un véritable tollé. L'affaire se résout par les armes, Lépide est d'abord battu en -77 par Pompée mais un de ses lieutenants, Sertorius s'enfuit en Espagne où il organise un contre-gouvernement qui n'est définitivement vaincu qu'en -71. La guerre civile est terminée mais elle laisse des traces et marque clairement la faiblesse de la République.

Quant au Sénat, sans être discrédité, il voit son aura affaiblie par certains évènements, comme par exemple les accusations de corruption à l'encontre de tribunaux contrôlés par les sénateurs, ou encore les difficultés qu'il éprouve à résoudre les crises extérieures (incapable de mettre fin à la piraterie, il confie en -67 à Pompée un commandement militaire extraordinaire pour y remédier).

Il paraît donc évident que Sylla montra le premier que le pouvoir d'un seul homme était non seulement possible, mais qu'il était surtout nécessaire à la survie de Rome car bien plus efficace dans un tel contexte. Le dictateur ouvrit la voie, et en ces temps de troubles son exemple en fit réfléchir plus d'un.

Les problèmes économiques

À cette crise politique, il faut ajouter les problèmes économiques qui accablent Rome depuis -67 à cause du coût de la guerre contre Mithridate et les pirates. Un bon nombre des vétérans syllaniens n'ayant pas les moye

 

ns d'exploiter leurs terres ou de payer leurs impôts, tentent de les revendre. Mais la situation politique ayant changé depuis leur obtention, elles sont désormais considérées comme illégales et les repreneurs ne se pressent pas pour les acquérir. D'où un prix de vente bas qui provoque la ruine d'une partie de ces vétérans, prêts désormais à suivre n'importe qui leur promettra d'améliorer leur condition. Le développement des latifundia, de grandes exploitations à la culture bien souvent spéculative employant des esclaves, ainsi que la concurrence des blés étrangers, notamment égyptiens car moins chers et enfin les ravages causés par des guerres civiles comme la révolt

 

e servile menée par Spartacus entre -73 et -71 sont les principales causes de la crise agraire qui marque la République.

La capitale face à ces problèmes ne peut pas grand chose, car la guerre coûte cher. Mais elle ralentit aussi le trafic avec l'Orient et cela se traduit par une baisse importante des revenus d'une partie de la population incitant les créanciers à réclamer leur argent à des débiteurs dans l'impossibilité de le faire, augmentant ainsi les tensions. Les nobles sont aussi touchés par cette crise qui affaiblit encore plus certains d'entre eux déjà ruinés depuis longtemps par leur goût du luxe qui nécessite d'importantes dépenses. L'un d'entre eux se fait remarquer en -63.

 

Catilina

 

Catilina


Lucius Sergius Catilina, né en -108 dans la gens Sergia patricienne, compte dans sa famille un héros de deuxième guerre punique, un arrière grand-père blessé 24 fois dans les batailles successives, et,selon la légende familiale, un des compagnons d'Énée. Mais ni ces exploits ni cette grande naissance n'ont profité à une famille qui n'est jamais réellement prospère. D'où chez Catilina une certaine volonté à toujours mettre en valeur sa position sociale comme s'il avait à compenser un certain complexe d'infériorité qui se traduit chez lui par une grande ambition.

Ce carriérisme est servi par une grande capacité d'attraction qu'il p

 

ouvait exercer sur les gens et en particulier les jeunes de familles ruinées et aux mœurs parfois douteuses. Il les séduit par son énergie, sa hardiesse et sa résolution, et ces derniers forment autour de lui une sorte de garde d'honneur. Il sert Gnaeus Pompeius Strabo durant la guerre sociale puis soutient Sylla lors de sa dictature, ce qui n'est pas étonnant puisque ce dernier était connu pour les largesses qu'il accordait à ses partisans ; il effectua pour lui-même des exécutions restées dans les mémoires par leur cruauté, dans le but principal de s'enrichir, fortune qu'il dilapide très vite. Toutefois, Catilina garde d'honorables amitiés, échappe aux purges du Sénat de -7

 

0 ainsi qu'à quelques procès subis par des personnes moins élevées socialement.

Poursuivant son cursus honorum il obtient la charge de préteur (magistrat en charge des questions judiciaires) de la province d'Afrique en -68 et ce durant deux ans, jusqu'à ce que ses administrés décident de porter plainte au Sénat l'accusant d'abus de pouvoir. Il est finalement acquitté en -64 avec l'appui des optimates (aristocrates) et par corruption. Mais entre temps, cette affaire qui l'empêche de se porter candidat au consulat pour la même année le contrarie fortement. Il décide de fomenter ou d'intégrer seulement, on ne sait trop car les informations manquent du fait de l'épilogue discret, une première conjuration ayant pour objectif d'assassiner les consuls en place afin de les remplacer par Catilina ainsi qu'un de ses compagnons. L'opération est un échec et tous sortent sans encombre de ce complot bâclé.

 

La conjuration de Catilina

Toutefois lorsqu'il perd une nouvelle fois en -64 les élections pour le consulat de -63 contre Cicéron, il forme une cabale bien mieux organisée dont le but est de renverser le pouvoir en place.

La conjuration dénoncée

Toutefois, avant de provoquer ou non une épreuve de force, Catilina tente une fois de plus de s'emparer du pouvoir légalement, ce qui montre au passage l'importance de montrer à tous que l'on respecte les lois, volonté dont fait preuve plus tard le futur Auguste, car les Romains portent la royauté en horreur et utiliser les moyens conventionnels pour arriver à ses fins lui faciliterait grandement sa tâche une fois les rênes de la République entre ses mains. Cependant, la campagne est d'une rare violence verbale, Catilina inquiète par ses propos parfois menaçants et des rumeurs circulent dans Rome sur des discussions non moins modérées lors de ses réunions politiques.

Cicéron juge alors bon de repousser les échéances du vote, mais il faut bien qu’il ait lieu et au final, Catilina essuie une nouvelle défaite. Sa déception de perdre les élections consulaires pour la troisième fois le pousse à chercher l’

 

obtention de l'autorité d’une manière plus radicale.

Le doute plane à la suite des contestations de Sulpicius (un grand jurisconsulte) sur la légalité de l’élection de Murena (un militaire, lieutenant de Pompée) à la distinction consulaire car il le soupçonne d’avoir corrompu des électeurs pour parvenir à ses fins. Cependant, grâce à l’intervention de Cicéron qui arrive à faire entendre aux sénateurs que les troubles politiques sont trop graves pour permettre la vacance d’un poste de consul, Murena se voit confirmé dans ses fonctions de consul designatus, avec Silanus. Catilina réagit violemment et radicalise son mouvement. Il demande à ses conjurés dont Manlius, un centurion installé en Étrurie de se tenir prêt à lever des troupes.

Le 21 octobre -63, la conjuration est connue de Cicéron qui a eu vent des agissements des conjurés par Fulvia, la maîtresse de l’un d’eux, Quintus Curius. Il n’a pas trouvé mieux pour la convaincre de rester avec lui, que de lui raconter ses projets. Elle est allée prévenir Cicéron. L’organisation de ce complot est donc très légère puisque les conjurés ne se sentent pas menacés, et certains sont au courant de choses qu’ils ne craignent pas de répéter à des personnes qui n’en font pas partie. Le Sénat est donc au courant de l’action que Catilina prépare dès le 21 octobre.

 

Le Sénat prend des mesures pour contrer la conjuration

Le 8 novembre 63, Cicéron fait une déclaration en plein Sénat où il affirme que Catilina prépare un soulèvement en Étrurie. De plus, pendant la nuit qui précède, il a été victime d’une tentative d’assassinat par des membres de la conjuration. Il tente donc de convaincre le Sénat de prendre des mesures contre ce complot. Il est investi des pleins pouvoirs par le senatus consultu

 

m ultimum, qui décrète un état d’urgence en cas de risques immédiat sur Rome.

Cette mesure semble prématurée puisque les conjurés se soulèvent au nord de Rome. Cependant, on peut penser que Cicéron craignait que Rome soit prise de troubles en son sein. Pour lui, celui qui tiendrait Rome tiendrait la victoire.

La preuve définitive que Catilina avait des alliés dans Rome arrive avec l’affaire des Allobroges. Ces délégués gaulois sont à Rome au moment des troubles pour se plaindre des conditions dans leur province et les conjurés tentent de se rallier les mécontents, même des Gaulois. Ils obtiennent une lettre signée des plus importants des conjurés, qu’ils remettent au Sénat lors de l’interception de la délégation alors qu’elle quittait Rome.

Statilius, Gabinius, Cethegus et Publius Cornelius Lentulus Sura sont alors arrêtés et comparaissent devant le Sénat. Le 2 décembre, les principaux membres sauf Catilina étaient déjà hors d’état de nuire.

Ils sont retenus à Rome dans des résidences de clients ou de membres de leur famille en attendant leur jugement.

 

Les nones de décembre

 

Le 5 décembre, aux nones de décembre -63, les conjurés sont jugés. Les jours qui ont précédé le 5 décembre ont été mouvementés car de nombreux délateurs se sont spontanément présentés pour obtenir des parts de confiscation des accusés et ont même accusé quelques hommes de plus d’avoir participé à la conjuration. Parmi eux, Crassus et Jules César, car leur complaisance envers les populares fait croire que la cause des opprimés et des mécontents que défend Catilina est la leur. Il est possible que les deux hommes aient regardé la conjuration sans trop d‘inquiétude mais il paraît improbable qu’ils se soient impliqués derrière Catilina dans une entreprise hasardeuse, qui ne remplissait pas leurs intérêts puisque Crassus possédait de nombreuses richesses, et que Jules César était une puissance montante, il venait d’être désigné préteur pour -62.

Les quatre accusés sont donc jugés, Cicéron qui parle le premier demande la peine de mort contre eux, soutenu par Silanus, le consul désigné. Cependant, lorsque Jules César prend la parole, il propose aux sénateurs de les emprisonner à perpétuité dans les municipes d’Italie, plutôt que de les condamner à une peine illégale. Sa proposition l’est tout autant, mais il estime moins grave la peine de prison que la mort. Le doute est semé parmi les sénateurs.

C’est l’intervention de Caton, cet optimate qui appartient à la nobilitas et qui prône des valeurs très conservatrices qui scelle le sort des conjurés. Pour lui, la mort est la seule solution car les municipes ne sont pas sûrs, du moins pas plus que Rome et il est possible que les accusés ne fassent pas leur peine entière. De plus, la seule solution légale serait de les exiler, mais ce serait leur permettre de rejoindre l’Etrurie, ou le soulèvement continue, et de grossir les rangs de Catilina. Le vote est sans appel et le point de vue de Cicéron et de Caton l’emporte même si Jules César a réussi à faire basculer Silanus vers son point de vue. L’exécution a lieu juste après la séance.

 

Le rôle de Cicéron

Cicéron annonce au peuple que les conjurés « ont vécu ». Son rôle a été déterminant dans toute cette affaire et il se plaît à le rappeler.

D’abord, le fait que ces évènements se déroulent sous son consulat le place au premier plan. Mais Cicéron a exagéré son rôle à travers son comportement. Aux élections pour le consulat, il portait une cuirasse sous sa toge et se faisait accompagner de quelques amis fidèles avec des bâtons.

Il amplifie aussi son rôle à travers ses discours, les fameuses Catilinaires, qui sont prononcés devant le Sénat :

  1. La première est prononcée le 7 novembre au moment où il prouve que Catilina est responsable des troubles.
  2. La deuxième est prononcée quelques jours après, devant le peuple cette fois ci, pour justifier l’envoi de troupes pour réprimer le soulèvement de Manlius.
  3. La troisième est aussi prononcée devant le peuple après l’affaire des Allobroges, pour le tenir au courant des actions que Cicéron met en place pour réprimer cette révolte.
  4. La quatrième et dernière Catilinaire est le discours que Cicéron fait devant le Sénat au moment du procès des nones de décembre.

Ces discours nous sont parvenus car Cicéron les a rédigés quelques années après les faits certainement pour prouver aux hommes qui ne le croyaient pas que son action a été déterminante, mais sûrement aussi pour satisfaire un besoin que tout le monde lui reconnaît de se mettre en avant par rapport aux autres.

 

Les conséquences de cette conjuration pour Cicéron et Catilina

Cependant, malgré ses discours qu’on peut qualifier de « propagandistes », Cicéron est poursuivi toute sa vie par le jugement et la condamnation illégale des conjurés. Il se défend en disant que tout Rome le soutenait, ce qui est vrai à partir du moment où il est accompagné chez lui le soir même par de nombreux Romains contents de son action pour sauver Rome.

De plus, il légitime son droit par le senatus consulte ultimum, qui lui conférait bien tous les droits, et il n’avait donc pas besoin de référer aux assemblées populaires, ici, les comices centuriates, pour décider du sort des conjurés.

Quant à Catilina, l'imagerie populaire romaine a fait de lui un personnage d'une grande cruauté. Il aurait ainsi tué sa femme pour en prendre une autre ou encore son fils car sa matrone aurait vu d'un mauvais œil la présence d'un héritier dans sa nouvelle maison. On l'accuse aussi lors d'une réunion avec des conspirateurs d'avoir procédé à des sacrifices humains. Au vu de la morale du principal concerné ainsi que des mœurs de la société de la fin de Ier siècle av. J.-C. pas toujours irréprochables, ces accusations apparaissent comme plausibles mais en l'absence de preuves il semble difficile d'en affirmer la véracité.

Ajouter à cela une tendance générale des avocats à Rome de charger les gens qu'ils poursuivent de crimes imaginaires, en face d'un auditoire d'ailleurs très rarement dupe, et l'on peut se demander si ces réquisitoires ne sont pas à l'origine de telles accusation qui tendent alors plus vers la diffamation.

Toujours est-il que Catilina semble au final cristalliser l'archétype même du conspirateur ennemi de la République et de sa morale, auquel les romains sont très hostiles.

 

La fin de la conjuration est arrivée rapidement après le procès, juste le temps aux troupes que Cicéron a envoyées de mater le soulèvement d’Étrurie. Catilina et tous ses hommes sont morts sur le champ de bataille en braves comme Cicéron lui-même le dit. Elle n’était pas de nature à résister longtemps à cause du manque d’unité et d’organisation dont elle souffrait.

Cependant, la portée de ce complot est très importante politiquement. Il montre que les guerres civiles sont loin d’être terminées. Il marque les différences de point de vue entre les trois grandes idéologies politiques de cette époque à Rome : les populares de Crassus et Jules César, les optimates de Caton, et les partisans de Cicéron, plus modérés, hommes de l’ordre équestre ou hommes nouveaux qui n’obtiennent ni le soutien des uns ni des autres, ce qui place Cicéron dans une position délicate.

De plus le rôle que Cicéron s’attribue est grandi et les Romains de l’époque ne sont pas dupes, ce qui amène ses ennemis à le discréditer voire à le ridiculiser. La politique se résume dès le retour de Pompée d’Orient par les relations entre les populares et les optimates, sans laisser à Cicéron d’autre choix que d’adhérer à l’un ou à l’autre des deux partis.

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